Pour la première fois en Haïti, un congrès annuel sur la médecine traditionnelle. En effet, c’est en présence de plusieurs officiels du gouvernement, des personnalités du monde médical scientifique et de la médecine traditionnelle, des représentants de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), des partenaires en santé, des membres de la société civile et bien d’autres personnalités que la ministre de la Santé publique et de la Population, Dr Marie Greta Roy Clément, a lancé le vendredi 29 septembre 2017, au Centre de convention et de documentation de la BRH, cette grande première conférence sur la médecine traditionnelle. Cette démarche vise à harmoniser à la fois les médecines scientifique et traditionnelle, pour que la population ait accès à une plus large couverture en matière de soins sanitaires.
« Plusieurs études conduites dans le passé révèlent que la médecine traditionnelle est le premier recours de la population face à un phénomène morbide.» Selon la ministre, tout le monde a fait des expériences avec la médecine traditionnelle en buvant une tisane pour calmer une situation de fébrilité ou d’huile de palma-christi pour faire disparaitre une douleur rebelle.
Deux exemples qui montrent l’attachement viscéral du peuple haïtien à cette médecine ancrée dans nos traditions. Dr Roy dit déplorer que plusieurs études réalisées sur la cohabitation des médecines scientifique et empirique restent au stade de projet et sont peu documentées.
Elle affiche dans sa posture à la conférence une satisfaction pour cette grande première qui, selon elle, marque un pas vers la bonne direction dans la résolution d’un problème datant des premiers balbutiements de notre histoire de peuple. « Pour rattraper le temps perdu, il nous faut faire des pas de géant, mais tout le monde doit s’impliquer pleinement», a fait savoir la titulaire du MSPP.
Plus loin, elle explique que les maladies de transmission culturelle seront toujours présentes. Ainsi, dit-elle, dans un pays ou tout est prioritaire, on ne peut négliger aucun facteur qui peut aider le ministère à maintenir la population en santé. Elle croit que les acteurs modernes ou contemporains doivent s’entendre pour être à la hauteur de l’attente de la population en matière de besoins sanitaires notamment les enfants et les femmes enceintes. « Ce rêve sera possible à condition que tous les acteurs de la médecine scientifique et celle de l’ordinaire se mettent ensemble pour servir la collectivité dans toute sa globalité », a déclaré Dr Roy Clément.
Pour madame Eunide Innocent, ministre à la Condition Féminine et aux Droits de la Femme, la médecine traditionnelle a toujours été un outil privilégié pour suppléer à l’absence de structures sanitaires pour tenter de sauver des vies et alléger les souffrances. Elle dit accorder tout son support à sa collègue du Ministère de la Santé dans sa démarche visant à faire cohabiter les médecines traditionnelle et scientifique pour le bien-être de la population, notamment des femmes haïtiennes. En outre, elle a félicité les praticiens de la médecine ancestrale pour le service rendu à la population. Madame Innocent applaudit cette initiative qui vise à valoriser les guérisseurs et guérisseuses qui sont un rempart pour la population en matière de soin.
De son côté, le ministre de la Culture et de la Communication, Limon Toussaint, estime que la médecine traditionnelle joue un rôle essentiel dans la vie de la population haïtienne. Il voit dans cette initiative de la ministre de la santé, une valorisation et un relèvement de notre identité culturelle. Il ajoute que la pratique de la médecine traditionnelle exercée depuis le temps de l’esclavage, a rendu beaucoup de service à la population qui faisait et qui fait encore face à une kyrielle de maladies. « Dans cette louable initiative, nous sommes un allier sûr pour le Ministère de la Santé Publique et de la Population », a déclaré M. Toussaint. « Pour des raisons socioculturelles, une grande partie de la population haïtienne recourt à la médecine traditionnelle qui est une richesse inestimable que nos guérisseurs et guérisseuses trouvent à travers les plantes locales pour aider la population », a pour sa part, affirmé Florine Jean Jeune Joseph, directrice de la Direction de la Pharmacie, du Médicament et de la Médecine Traditionnelle (DPM/MT). Elle ajoute, la médecine traditionnelle a fait ses preuves dans tous les milieux, en dépit de tout, elle n’a pas encore sa reconnaissance légale en Haïti. Selon Mme Jean Jeune, la tenue de cette grande conférence permettra de recenser, de valoriser et de reconnaitre officiellement la valeur de nos praticiens et leur utilité pour la population. « L’heure est à l’action dans le domaine de la médecine traditionnelle et nous avons besoin de ressources nécessaires en vue de nous permettre de mettre en application les recommandations qui seront faites à la sortie des assises.» La directrice de la DPM/MT reste persuadée que l’harmonisation et la reconnaissance de ces deux médecines auront une importance capitale pour le peuple haïtien sur les plans médical et économique.
