Port au Prince, le 07 décembre 2015
Face à la situation de sècheresse qui sévit dans le pays, le Comité de Coordination des ONG en Haïti (CCO Haïti) manifeste son soutien à l’analyse et aux recommandations formulées par la CNSA dans « l’Alerte à la sécurité alimentaire » publiée en novembre 2015. Avec cette initiative le CCO Haïti manifeste la volonté de développer une stratégie de plaidoyer commune avec la CNSA, entité nationale au rôle clef, envers les institutions publiques et les bailleurs internationaux.
Les estimations de la CNSA font état de 300 000 à 560 000 personnes en état de crise au niveau de 37 communes, soit 20 à 38% de la population. Les inquiétudes par rapport aux répercussions de la sécheresse sont d’autant plus justifiées que les conséquences peuvent s’avérer durablement néfastes. En effet, la population doit déjà recourir à des stratégies d’adaptation telles qu’une diminution de la fréquence et/ou de la qualité des repas avec ses potentiels impacts sur la sous-nutrition et malnutrition, ou encore à l’augmentation de l’exploitation des ressources ligneuses pour la production de charbon de bois, accentuant l’état d’érosion et de déboisement déjà alarmant du pays. Le CCO souhaite par ailleurs soutenir les plans de réponse à la sécheresse qui ont été développés dans certains départements, et s’engage à supporter toutes les initiative qui visent la mise en oeuvre de tout plan de réponse aux chocs structuraux, de renforcement de la production agricole ou de la sécurité alimentaire, notamment dans les départements qui ne disposent pas actuellement des moyens de les développer.
Au regard de ces considérations, il est à craindre que la situation d’insécurité alimentaire et nutritionnelle continue à se détériorer dans les zones les plus vulnérables. En complément et en appui des recommandations formulées par la CNSA, le CCO Haïti souhaite donc attirer l’attention des acteurs concernés sur la nécessité de se mobiliser pour :
A court terme :
– Appuyer les évaluations rapides dans des zones pré-identifiées comme étant les plus à risques et les plus affectées par la sécheresse
– Sur base des enquêtes menées qui permettront d’affiner le ciblage et les méthodologies d’intervention, mettre en place des actions rapides et ciblées dans le domaine de la sécurité alimentaire, de l’accès à l’eau et de la nutrition. Ces actions visent à aider les ménages les plus vulnérables et les plus touchés en limitant la dégradation de leur situation et en les appuyant pour affronter la prochaine période agricole à venir, en appui et en concertation avec les institutions départementales et en coordination avec les programmes existants.
A moyen terme :
– Développer une méthode unique de collecte et d’analyse des données ;
– Renforcer les efforts dans les zones classifiés de « stress » afin qu’ils ne deviennent pas de zone de « crise »
– Mener une enquête nutritionnelle ciblant au moins les départements les plus touchés
– Développer et mettre en œuvre des plans de réponse multisectoriels à la sécheresse adéquatement formulés avec des interventions à court, moyen et long terme
– Mobiliser des fonds pour la mise en œuvre de ces plans de réponse dans les départements les plus touchés du pays
A long terme :
– Poursuivre et renforcer les efforts structurels soutenant la securité et la souveraineté alimentaire en prenant notamment en considération le changement climatique, la biodiversité, les problèmes fondamentaux liés à l’utilisation des terres à forte déclivité, le déboisement et les questions foncières.
– Intégrer des activités de prévention et d’adaptation au risque de sécheresse de manière systématique dans toutes les interventions conduites dans les zones de vulnérabilité
– Travailler sur l’articulation opérationnelle de tous les acteurs (dont les bailleurs) dits humanitaires et de développement d’une part et mobiliser des financements pluriannuels pour des interventions intervenant au niveau structurel et prenant en considération la récurrence des chocs d’autre part
– Contribuer au renforcement de la surveillance multisectorielle et de la capacité de réponse rapide à des situations de stress pour éviter que des réponses urgentes ne deviennent systématiquement nécessaires
– Augmenter la cohésion inter sectorielle sur ces questions entre la CNSA, le MSPP, la DINEPA et la Primature.
Le Comité de Coordination des ONG (CCO Haïti) est un consortium d´ONG internationales opérant dans les secteurs de la coopération humanitaire et du développement en Haïti, avec cinquante-deux membres enregistrés. Il a pour objectif d´accroître la cohérence et l´efficacité de la contribution des ONG Internationales à l´amélioration des conditions de vie du peuple haïtien, par le renforcement du dialogue institutionnel et des collaborations entre les différents acteurs, dans une perspective de développement durable.
